De nouveaux intronisés à la Confrérie du “Pied de Raisin” à Cilaos pour la fête de la St Vincent

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Le Samedi 21 janvier et Dimanche 22 janvier 2023 s’est déroulée la fête du vin à Cilaos , avec la confrérie du Pied de Vigne et tous les vignerons de Cilaos. Un “chapitre” d’intronisations était organisé pour accueillir de nouveaux membres, ainsi qu’un grand défilé en tenue d’appârat le samedi 21 janvier après midi, la visite du Chai de Cilaos,  et un diner dansant à  Mare Sèche.

La cérémonie fut splendide, l’ambiance excellente, et Cilaos a rayonné une nouvelle fois autour d’un de ses produits phare : sa vigne, et sa filière qui se structure de plus en plus.

A quand remonte l’arrivée du raisin dans l’île ?

Au fil des siècles, après la découverte de l’île, de nombreux explorateurs, marins et autres scientifiques évoquent une île paradisiaque ou tout pousse, mais sans mention particulière pour le raisin, de table ou de cuve. Rapide survol de la question avec quelques points de repère historique.

Dans « Les voyages faits par le sieur Du Bois aux îles Dauphine ou Madagascar, à Bourbon ou Mascarenne dans les années 1669, 70, 71 et 72 », on peut lire: 

« La vigne y vient fort bien, il y en a depuis peu de plantée au nombre d’environ tour à quatre mille pieds. J’en ai vu recueillir des grappes de raisin assez belles. A chaque taille que l’on fait, l’on plante les brins pour faire des vignes. Mais comme ce n’est pas bon plan, je ne crois pas que l’on en puisse tirer bien de l’utilité qui pourrait porter du plant ou grain d’Europe, il y viendrait bonne vigne. »

Toutefois, dans de nombreux récits du 17ème et 18ème siècles, dans lesquels les auteurs décrivent souvent par le menu détail la faune et la flore de l’île, on ne trouve ps mention de plantation de vigne, et encore moins de production de vin. C’est le cas dans les ouvrages de Bory de Saint-Vincent, dans ses « Voyages dans les quatre principales îles d’Afrique en 1801 et 1802 » publié en 1804 dans lesquels ils dresse une liste exhaustive de la flore de l’île Bourbon.

En 1862, Georges Imhaus publie un ouvrage intitulé : « Notice sur les principales productions naturelles et fabriquées de cette île, ile de la Réunion ». Il passe longuement en revue les cultures vivrières et maraichères ainsi que des cultures particulières telles que le coton, l’avoine, l’indigo… Mais ne mentionne pas de culture de raisin.

Toujours en 1862, Louis Maillard, ingénieur colonial, publie « Notes sur l’île de la Réunion », ouvrage dans lequel l’auteur fait part de son scepticisme quand à la production de vin dans l’île: 

« La vigne, introduite dans l’île vers 1710,  y vient bien. On l’a plante depuis peu. Des essais infructueux ont été menés jusqu’à ce jour pour cultiver la vigne et en tirer du vin. La culture du raisin était pourtant assez productive avant l’apparition de la maladie qui n’a pas complètement disparu. Il donne deux récoltes par an mais est généralement acide et incomplètement mûr. Il faut peut-être attribuer le fait que la grappe contient toujours des grains très ou trop murs et d’autres peine formés, l’impossibilité o l’on a été de faire à Bourbon du vin de raisin. »

Dans le journal « La Malle » du 31 janvier 1867, un encart publicitaire ainsi libellé: « Reçu par la dernière malle plants de vigne Chasselas de Fontainebleau, Chasselas gros coulard, rouge-violet, franckenthal, muscat blanc, muscat blanc hâtif, muscat d’Alexandrie etc… »  autant d’appellations qui correspondent à du raisin de cuve pouvant, également fournir du raisin de table.

Dans « Le Nouveau Salazien » du 27 mars 1884, dans un article intitulé « Cultures secondaires », on lit: 

« D’autres ont essayé la culture de la vigne et nous souhaitons vivement qu’ils réussissent et qu’ils conservent dans ce pays les sommes considérables affectées à l’achat des vins importés d’Europe (…) »

Dans le journal « Le petit Bourbonnais »  du 20 mai 1884, Un certain Seek, de Sainte-Suzanne, doute l’avenir de la vigne sous nos latitudes: 

« Ah! La vigne, me direz-vous? Je n’en fais rien, et le calcul des probabilités amène à conclure que le pays n’en fera jamais rien. Pas n’est besoin d’être un vigneron des vignobles de la France  et de l’étranger pour savoir que la vigne ne croit et fructifie qu’entre le 30ème et le 50ème degré de latitude environ, qu’elle est ennemie du froid excessif comme de la trop grande chaleur, que dans les conditions de climat et de température où elle est transplantée, elle ne donnera que des grains inégaux de grosseur et de maturité et, partant, qu’un moût d’affreux tartrate acidulé (consultez les pharmaciens).

Je ne dis rien des longues pluies qui provoquent la coulure, des rats qui se nourrissent des grappes à peine sucrées, des coups de vent qui brûlent les feuilles et des cryptogames contre lesquels la science est restée à peu près impuissante. L’expérience, sagement en garde contre les illusions, nous dit qu’on ne peut jouer ce jeu qu’avec l’argent d’autrui et qu’on est sur la pente de la folie et peu délicat quand on se grise de ce vin-là ! »

Dans le journal « Le Port de Saint-Pierre » du 26 mars 1885, cette insertion publicitaire: 

« Avis – Monsieur Antoine Michel Hoareau, propriétaire à Saint-Pierre, donne connaissance aux habitants qui veulent cultiver la vigne, qu’il se met à leur disposition, ayant pour la cultive du raisin un procédé qui assure le succès d’une récolte avantageuse. »

Dans le journal « La Patrie Créole » du 27 aout 1910 , un « villégiaturiste »   rappelle que si sur le littoral, la vigne ne donne pas les résultats escomptés, des essais sont réalisés à l’intérieur de l’île, et notamment à Cilaos, expérimentations menées sur des fonds publics: 

« Que les habitants adressent des pétitions au Conseil Général: si nos ma dataires inscrivent au budget une somme pour l’amélioration de Cilaos, cet argent sera aussi bien employé que celui qu’on a dépensé pour la sériciculture, les vignes, les oliveraies et les jardins d’essais (…). »

Le 19 janvier 1922, dans un article intitulé « La viticulture tropicale » publié dans la « Revue de Viticulture » Adrien Berget, professeur agrégé de l’Université , conseiller de la société des Viticulteurs écrit : 

« C’est dans le cirque de Salazie que fut tentée la culture de la vigne au moyen de l’unique cépage un peu propagé sous les tropiques, l’Isabelle, connu la-bas sous le nom de «vigne du Cap ». Nous l’avions déjà rencontrée dans le Jura sous ce nom, assez inexact, puisque c’est un cépage américain de la famille des Labrusca (Vitis Labrusca) propagé en Europe à partir de 1852 à cause de sa résistance relative à l’oïdium et conservé depuis pour faire des tonnelles ou berceaux d’ornement en raison de sa grande vigueur et de la beauté de son feuillage. Mais son goût foxé l’a fait généralement écarter des vignobles. »

Adrien Berget ajoute dans son article: « La vigne semble toutefois pouvoir prendre place dans un groupe de cultures arbustives, précisément sur les limites de celles du café et avant la zone dite des calumets (petits bambous) à partir de 1 OOO mètres, où l’humidité devient trop grande pour elle (…) La vigne, au contraire, a besoin d’une période de repos pour sa. Végétation, la rencontre comme nous l’avons vérifié, dès que la température de la région descend normalement durant 2 à 3 mois au dessous de 10 degrés. Sopn intérêt pratique serait donc évident à la Réunion pour le développement de la petite culture créole, à laquelle la production d’un peu de vin, assuré d’un large débouché sur place, apporterait des nouveaux moyens d’existence sans nuire aux intérêts de la Métropole. » 

Dans le « Monde Colonial Illustré » de janvier 1931, Aubert de la Rue raconte son arrivée à Cilaos, au terme d’une longue randonnée depuis Hell-Bourg: 

« En sortant de la forêt, nous sommes presque à Cilaos, dont les premières maisons apparaissent entoures de vignes (…). » La vigne s’inscrit dans le paysage du cirque.

Dans la « Démocratie » du 16 juin 1939 – Un article non signé – mais probablement écrit par un connaisseur venu en cure à Cilaos – et intitulé « les vignes à Cilaos Impressions et remarques » , il est question de la piètre qualité de la vinification, mais également de la nécessité d’introduire de nouveau cépages. Il semble d’ailleurs que l’Isabelle ait déjà de la concurrence… Notre « villégiaturiste » n’est pas avare de conseils et prédit même un bel avenir au vin de Cilaos mais « Une étude des cépages s’impose ! » Affirme-t-il.

« Le dernier voyage que nous fîmes nous procura l’occasion et le plaisir, tout en admirant la nouvelle route, sinueuse et impressionnante, de visiter les vignes de cette localité. Nous trouvâmes propagé dans tout le cirque et dans les bourgades voisines, un hybride de Berlandiéri puissant, bien adapté au sol et à l’altitude. Nous ne pûmes malheureusement déterminer ce. Cépage, l’hiver ayant fait perdre aux treilles leurs feuilles.

Ce vigoureux plant cultivé par erreur pour la cuve est à notre avis un hybride de Berlandiéri et de Riparia.

Le vin fabriqué avec les raisins produits par ce porte-greffe ne pourra jamais satisfaire une clientèle difficile. Aussi beaucoup de villégiateurs  condamnant cette boisson sucrée et chargée d’acide carbonique, réservent leurs préférences aux vins venant de l’extérieur.

Nous déplorâmes surtout le manque de connaissance technique rencontré même chez ceux qui s’occupent de vignes.

L’administration supérieure de notre île a commis jusque’ici, croyons nous, une grave faute en se désintéressant complètement de toutes ces régions viticoles comparables pour la plupart à celles du Bordelais.

Les sols cilaosiens comme ceux de Graves (Bordeaux), graveleux et caillouteux, pourraient produire un vin de première catégorie.

Nous préconisons pour Cilaos le Sémillon, cépage blanc formant le fond des vignes de Sauternes. Le Sémillon prospère très bien en coteaux dans les sols argileux calcaires ou graveleux à sous-sols marneux et rocheux.

Ces sols ne se retrouvent-ils pas à Cilaos ?

Les nombreux porte-greffes répandus dans tout le cirque, greffés, produiraient un vin supérieur. Le grenache ou Black Spanish variété à raisins noirs, s’acclimaterait également dans ces montagnes et fournirait un vin rouge perdant vite ses couleurs, mais de bonne qualité.

Si le porte-greffe bien adapté à Cilaos existe, il importe maintenant de connaître les meilleurs variétés pouvant être cultivées pour la cuve.

Une étude des cépages s’impose ! Les habitants de cette localité témoigneraient certainement beaucoup de gratitude envers ceux qui leurs procureraient les variétés recommandées pouvant leur donner un profit  sérieux capable de mettre l’aisance dans leur famille.

En dehors des espèces cultivées pour la cuve, les vignes à raisin de table, tels le Muscat d’Alexandrie, le Muscat de Hambourg, l’almeria et beaucoup d’autres cépages à fruits excellents et de belle présentation greffés sur les porte-greffes déjà plantés à Cilaos, pourraient fournir aux visiteurs ainsi qu’aux malades en traitement, des fruits vendus à des pris rémunérateurs.

Malheureusement le greffage est complètement ignoré à l’intérieur de notre pays ou la nature, en créant des sources d’eaux merveilleuses et réparatrices, n’a pas oublié d’offrir aux vignerons de vastes terrains cultivables.

Nous pensons intéresser les vignerons en leur indiquant que des quantités de sarments provenant de cépages recommandables sont chaque année jetés en pure perte au dépotoir communal de Saint-Denis. Ces pampres cultivés par les amateurs dionysiens rendraient de réels services aux habitants de Cilaos (…). »

En 1975, l’Etat s’intéresse (enfin !) à la production viticole à Cilaos et confie à l’Institut de Recherches en Fruits et Agrumes (IRFA) la sélection de nouveaux cépages pour remplacer l’Isabelle à Cilaos. Sous la direction de Patrick Fournier, quatre cépages sont sélectionnés: Chenin, Verdiho, malle et pinot noir

Une nouvelle phase d’expérimentation voit le jour en 1998 sous la conduite de M. Dubois (CIRAD) principalement axé sur les cépages blancs, plus précoces et/ou moins sensibles à la pourriture grise et acide que le Chenin. 

Quatre sites expérimentaux ont été choisis selon leurs particularités pédo-climatiques. Plusieurs cépages blancs ont donné de bons résultats (Verdhelo, Gros Manseng entre autres) et ont été conseillés aux vignerons. Cependant, au niveau des cépages rouges les résultats sont moins probants et sont intimement liés au site d’implantation. 

Vu les bons résultats de l’expérimentation de 1998 à 2004 en cépages blancs, cette nouvelle expérimentation (2008-20012)  a été axée majoritairement sur les cépages rouges. L’objectif principal de cet essai, était d’identifier un cépage précoce et peu sensible à la pourriture grise et acide qui pourrait compléter avantageusement la gamme des cépages actuels. 

Entre la vigne, la terre et le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes, tout est affaire de patience et d’expérience…

Texte :  Sully Damour (Mairie de Cilaos)

Crédit Photos : Olivier Cadarbacasse

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